L'assurance professionnelle est le poste de charges récurrentes le plus fréquemment surpayé par les PME. Ce n'est pas une opinion — c'est un constat factuel que nous faisons audit après audit. Sur l'ensemble des diagnostics économiques que nous réalisons, l'assurance est le poste où nous identifions des leviers d'économies dans plus de 80 % des cas.
La raison est structurelle. Les contrats d'assurance sont souscrits à un moment précis de la vie de l'entreprise — souvent à la création, lors d'un changement d'activité, ou sur recommandation du courtier — puis ils vivent en pilotage automatique. Personne ne les relit. Personne ne les compare. Personne ne vérifie qu'ils sont encore adaptés.
Voici les 5 erreurs les plus coûteuses que nous identifions régulièrement.
Erreur n°1 : Les doublons de garantie
C'est l'erreur la plus fréquente et souvent la plus coûteuse. Elle se produit quand une entreprise souscrit plusieurs contrats d'assurance à des moments différents, sans que personne ne vérifie la cohérence de l'ensemble.
L'exemple le plus classique : une RC Professionnelle qui couvre les dommages aux tiers, et une multirisque professionnelle qui inclut une garantie RC dans ses conditions générales. Le dirigeant paie deux fois pour la même couverture sans le savoir, parce que les deux contrats n'ont pas été souscrits en même temps et que personne n'a jamais fait le croisement.
Autre cas fréquent dans le BTP : une garantie décennale dont le périmètre chevauche certaines garanties de la RC Pro. Ou une assurance perte d'exploitation qui couvre un risque déjà partiellement couvert par l'assurance-crédit.
Le diagnostic de ces doublons nécessite de poser les contrats côte à côte et de comparer les garanties clause par clause. C'est un travail fastidieux mais qui révèle systématiquement des recouvrements de couverture. L'économie se situe typiquement entre 1 500 € et 5 000 € par an selon la taille de l'entreprise et le nombre de contrats.
Erreur n°2 : Les primes non ajustées au chiffre d'affaires réel
La plupart des contrats d'assurance professionnelle calculent la prime sur la base du chiffre d'affaires déclaré. En théorie, chaque année, l'assuré déclare son CA réalisé et la prime est ajustée. En pratique, beaucoup de PME déclarent un CA prévisionnel au moment de la souscription et ne le mettent jamais à jour.
Les conséquences sont mécaniques. Si votre CA a baissé de 20 % depuis la souscription mais que votre prime est toujours calculée sur le CA initial, vous payez 20 % de trop. Si vous avez déclaré un CA prévisionnel optimiste qui ne s'est jamais réalisé, vous surpayez depuis le premier jour.
Le paradoxe, c'est que même quand le CA augmente, l'ajustement ne se fait pas toujours correctement. Certains assureurs appliquent un coefficient de majoration sur la prime de base qui ne reflète pas proportionnellement la hausse du CA. Il faut lire les conditions particulières — ce que presque personne ne fait.
Erreur n°3 : L'absence de mise en concurrence
Les courtiers en assurance ont un modèle économique simple : ils sont rémunérés par une commission sur la prime que vous payez. Plus votre prime est élevée, plus leur commission est élevée. Ils n'ont pas d'incitation naturelle à vous trouver le tarif le plus bas — ils ont une incitation à vous trouver un tarif « acceptable » chez un assureur avec lequel ils ont un bon taux de commission.
Ce n'est pas de la malhonnêteté. C'est un conflit d'intérêts structurel du secteur. Et la seule manière de le contrebalancer, c'est la mise en concurrence régulière.
En pratique, mettre vos assurances en concurrence tous les 3 ans — en sollicitant au moins 2 courtiers différents et un assureur direct — produit en moyenne une économie de 15 à 25 % sur les primes, à garanties équivalentes. Pour une PME qui paie 15 000 € d'assurances par an, c'est 2 500 à 3 800 € d'économies.
Le frein le plus courant, c'est le temps. Comparer des offres d'assurance demande de lire des conditions générales de 40 pages, de vérifier les exclusions, de comprendre les franchises. C'est pour cette raison que beaucoup de dirigeants ne le font pas — et c'est pour cette raison qu'un diagnostic contractuel inclut systématiquement ce travail.
Erreur n°4 : Les garanties inadaptées au risque réel
Les contrats d'assurance sont conçus pour couvrir des risques. Mais le profil de risque d'une entreprise évolue — et les contrats d'assurance ne suivent pas automatiquement.
Une entreprise qui avait un parc de 10 véhicules et qui n'en a plus que 4 paie encore une assurance flotte dimensionnée pour 10. Un artisan qui a arrêté une activité spécifique (la pose de panneaux photovoltaïques, par exemple) continue de payer la garantie décennale correspondante. Une entreprise qui a déménagé dans des locaux plus petits conserve une multirisque calculée sur la surface précédente.
Ces inadéquations entre le risque couvert et le risque réel sont très fréquentes. Elles ne se corrigent pas toutes seules — il faut identifier l'écart, notifier l'assureur, et demander l'ajustement. C'est un travail technique mais dont le rendement est immédiat.
Erreur n°5 : Les franchises mal calibrées
La franchise est le montant qui reste à votre charge en cas de sinistre. Plus la franchise est basse, plus la prime est élevée. C'est un arbitrage risque/coût que la plupart des dirigeants ne font jamais consciemment.
Dans beaucoup de cas, les PME ont des franchises très basses — 200 €, 500 € — qui gonflent la prime annuelle. Or, pour une entreprise dont la trésorerie peut absorber un sinistre de 1 000 ou 2 000 €, passer à une franchise plus élevée peut réduire la prime de 10 à 20 % sans augmenter significativement le risque réel.
L'inverse est aussi vrai : certains contrats ont des franchises très élevées que le dirigeant n'a pas remarquées, parce qu'elles sont enfouies dans les conditions générales. En cas de sinistre, la mauvaise surprise peut être sérieuse.
Comment corriger ces erreurs
Le point commun de ces 5 erreurs, c'est qu'elles sont toutes invisibles tant que personne ne prend le temps de lire les contrats, de les comparer, et de les confronter à la réalité de l'entreprise.
La correction commence par un travail d'inventaire : lister tous les contrats d'assurance en vigueur, poser leurs garanties côte à côte, et vérifier la cohérence de l'ensemble. C'est un travail que vous pouvez initier seul, mais que vous aurez du mal à mener jusqu'au bout sans expertise contractuelle.
Un diagnostic complet de vos charges récurrentes inclut systématiquement l'analyse des assurances professionnelles. C'est souvent le premier poste sur lequel les économies sont identifiées — et le premier sur lequel elles sont mises en œuvre.